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La distance de Uyuni a Potosi n’est pas tres grande, a peine deux cents kilometres. Mais le trajet dure quand meme pres de huit heures. Le vieux bus qui nous y emmene peine un peu dans les montees. Arrives a Potosi, nous sommes plutot surpris en bien. Pour une ville miniere, elle est vraiment jolie, avec ses vieux batiments coloniaux espagnols et ses eglises a deux clochers a tous les coins de rue. Au dix-septieme siecle, Potosi etait la plus grande ville du monde nous assurent les Boliviens. Cerro Rico, la montagne qui la surplombe, regorgeait d’argent et la Casa de Moneda de la ville fournissait tout l’empire espagnol en pieces de monnaie. Aujourd’hui, les mines fonctionnent encore et les mineurs, meme si ils ne sont plus esclaves des Espagnols, travaillent toujours dans des conditions dignes de Germinal.

Avec Marama, qui nous a accompagne, nous sommes les seuls non-argentins dans notre hotel. En effet, ce sont les vacances d’ete chez eux et ils sont nombreux a voyager, comme nous, en Bolivie et au Perou. Ca tombe bien, ca nous permet de continuer a pratiquer un peu notre Espagnol. Le lendemain, nous prenons un guide, un ancien mineur, pour aller visiter les mines. Il nous fournit tout l’equipement necessaire : bottes, combinaison, casque et lampe. Avant de nous diriger vers la mine, nous passons par le marche pour acheter des feuilles de coca et des bouteilles de soda pour donner aux mineurs que nous rencontrerons. On nous propose meme d’acheter des batons de dynamite. A notre arrivee a la mine, notre guide echange quelques mots en Quechua avec des mineurs qui sont en train de sortir un convoi de wagons charges de minerai. Il changent un aiguillage a la main et font avancer la locomotive a l’aide d’une perche que le conducteur accroche lui meme au catenaire qui est juste au dessus de nos tetes.

Puis, nous penetrons dans la mine. Nous marchons dans plusieurs centimetres d’eau et nous avancons tete baissee car les galeries ne sont pas tres hautes. Nous croisons un autre groupe de mineurs qui sont en train de remonter des sacs de minerai a l’aide d’une treuil et d’une corde, a la main. La mine fonctionne aujourd’hui sous forme de cooperative, mais les salaires des mineurs dependent de la quantite et de la qualite de ce qu’ils extraient. Et vu la recente chute du prix de matieres premieres, leur revenus se sont effondres. Nous descendons profond dans la mine. Sur les parois, notre guide nous montre des fibres d’amiante. Marama nous explique que dans la mine ou elle travaille, lorsqu’on en decouvre, les parois sont immediatement betonnees. Ici, apparemment, on n’a pas l’air de trop s’en inquiter. Avant de sortir, nous passons faire un coucou a Tio. Tio (oncle), c’est le petit nom affectueux qu’on donne ici au diable. Comme ils travaillent sous terre, les mineurs considerent que c’est lui le chef ici. Il y a donc une statue a son effigie dans chacune des quatre cents mines qui traversent la montagne. En guise d’offrandes, on trouve des petits flacons d’alcool a 90 degres que boivent les mineurs. Francois goute, pas mauvais.

Le lendemain, nous faisons nos adieux a Marama. Elle part pour Santa Cruz avant de poursuivre son voyage au Bresil et en Argentine. Malheureusement, Francois a oublie son disque dur au restaurant. Nous sommes samedi et le restaurant est ferme jusqu’a lundi. Nous prolongeons donc un peu notre sejour ici. Heureusement, les pluies diluviennes qui nous avaient obligees a traverser de veritables torrents dans les rues cessent et nous arrivons maintenant a respirer normalement malgre les 4000 metres d’altitude. Nous en profitons pour decouvrir la ville plus en profondeur. Nous mangeons au “comedor popular”, une petite echoppe au marche ou l’on peut manger pour vraiment pas cher. Nous nous emerveillons devant des etals de foetus de lamas seches qui servent a donner en offrande a la Pacha Mama, la mere nature du coin. Il y a meme des flamants roses seches. Nous visitons aussi la Casa de Moneda. Le guide n’est pas passionant mais les batiments sont superbes. Il y a meme une salle avec des especes de momies de bebes. Bizarre dans un musee de la monnaie. Ils doivent vraiment aimer les trucs seches ici.