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Pendant que Sylvain descend la route de la mort, je pars visiter la prison. Je pars le matin avec un voisin de chambre. En face de la prison, une vieille femme bizarre de Nouvelle Zelande nous aborde : "Vous voulez visiter la prison ?" Elle nous explique qu'elle va nous faire passer les gardes de l'entree, qu'il faudra cacher les appareils photo et lui payer 150 bolivianos (15 euros) qu'elle passera aux gardes pour entrer dans la prison elle meme.

Une fois la premiere couche de gardes passee, elle nous ouvre une petite piece qui ressemble bien a une cellule. La, assis sur le lit, nous lui donnons l'argent. Puis, elle nous emmenne a une deuxieme couche de gardes qui nous marquent un numero sur le bras et prend nos noms et numeros de passeport.

La deuxieme grille s'ouvre alors juste pour nous. Nous sommes dans la prison, au milieu des prisonniers, dans une cour entouree de murs. Tout de suite un prisonnier nous aborde et nous offre de nous faire la visite, escorte de deux de ses copains. Tout parait bien organise. Ce qui frappe tout de suite, des la premiere seconde, c'est que les gens sourient et sont a l'air libre, pas d'uniformes. Et que font tous ces enfants ici ?

Comme dans la troisieme saison de Prison Break, cette prison s'organise d'elle meme et suit ses propres regles. Il n'y a aucun garde a l'interieur et les familles des prisonniers peuvent entrer et sortir librement de la prison ce qui explique la presence de femmes et d'enfants a l'interieur en permanence. On est dans un vrai petit village, avec ses six quartiers avec chacun leur place centrale. Les nouveaux arrivants sont assignes au nettoyage des lieux communs et, peu a peu, trouvent leur place en travaillant a fabriquer des jouets, a etre engages dans la police des prisonniers, aux travaux, a trafiquer de la cocaine ou toute autre chose, selon leurs talents et leur imagination.

Avec le salaire qu'ils gagnent, les prisonniers peuvent acheter tout ce dont ils ont besoin dans les nombreuses petites boutiques, epiceries, restaurants et bars de la prison, tenus par d'autres prisonniers ou par leurs femmes. En passant dans un des restaurants, la cuisiniere nous offre meme a chacun une part de gateau avec un grand sourire. Il y a des petites annonces collees aux murs. Le prix de cellules est eleve. Comme dans la vraie vie, il y a des proprietaires et des locataires. Il s'agit d'avoir une bonne situation pour se payer les meilleures cellules. Certains sont vraiment confortables, avec cuisine, tele, jolies tapisseries... D'autres sont tout simplement un matelas pose dans espace sous un escalier.

Sur les murs de chaque quartier, les lois sont inscrites en gros caracteres : - Aucune violence n'est toleree. - L'usage d'alcool et de drogue est interdit pendant les jours de visite. - Chacun doit s'acquiter des corvees qui lui sont assignees - Etc. Ne pas respecter ces regles, c'est risquer d'expulse du quartier par la communaute.

Parmi les moments forts de la prison, il y a les matchs du championnat de foot. Chaque quartier a son equipe, avec son logo et sa mascotte. Les paris peuvent etre vraiment eleves. Les meilleurs joueurs vivent tout simplement de leur salaire de footballeur. Quinze ans avant, la prison n'etait pas regulee aussi bien. Les gangs faisaient leurs lois et les meurtres etaient courants. Un Anglais incarcere a l'epoque en a ecrit un livre. Aujourd'hui, la vie semble presque facile. S'echapper semble reellement facile, mais les prisonniers me disent : "Pourquoi sortir ? La vie est meilleure a l'interieur."

Nous terminons la visite dans une cellule ou notre guide propose tres poliment au groupe d'acheter de la cocaine a consommer sur place ou a emporter. Ici, ca coute neuf euros le gramme. Il nous dit en riant : "Il ne peut rien vous arriver, vous etes deja en prison." J'observe quasi l'ensemble des touristes se prendre une ligne dans la cellule de la prison de La Paz. Bizarre !